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Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 28/06/2017
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 06/05/2017
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 08/03/2017
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 05/02/2017
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 22/01/2017
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 28/12/2016
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 21/11/2016
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 07/11/2016
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 03/11/2016
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 23/03/2016
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 30/01/2016
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 04/01/2016
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 16/11/2015
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 31/08/2015
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 19/06/2015
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 17/05/2015
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 04/05/2015
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 24/04/2015
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 07/04/2015
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 24/02/2015
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 12/01/2015
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 30/12/2014
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 14/12/2014
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 07/12/2014
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 26/11/2014
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 16/11/2014
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 29/10/2014
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 11/10/2014
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE
Publié le 05/10/2014
Auteur :
Jean-Olivier ALLEGRE

L’Entreprise ne pense pas !

Temps de lecture estimé: 
12 minutes

Soyons « efficaces » : vous serez (très) nombreuses et nombreux à ne pas « avoir le temps » (12 minutes environ) de lire ce billet qui cheminera sur nos vies professionnelles et cette pensée de Martin Heidegger : « Ce qui donne le plus à penser dans notre temps qui donne à penser est que nous ne pensons pas encore ». Rendez-vous directement aux deux derniers paragraphes pour trouver nos « conclusions ». Pour les autres, en route pour une petite promenade qui vous fera faire un (petit) détour vers vous…

 

En parcourant les étals des vendeurs de papier du rayon « management et développement personnel » on peut croiser entre autres crétineries, le titre suivant : « arrêtez de penser ! » Quelle surprise… Une incitation à « ne plus penser »… Le plus étonnant étant non seulement que cela se vende, mais surtout que cela ne choque personne. L’arc en ciel des possibles se déroule devant nous dans les sous-titres de ces invitations « à ne plus penser » : « et agissez ! », voire même « arrêtez de TROP penser et vivez ! ». Incantations pseudo magiques des apprentis sorciers de la grande lessive de la spiritualité de bazar et de la sous-culture managériale. Nous ne prendrons pas le contre-pied de ces provocations éditoriales qui d’ailleurs, et c’est remarquable, ne définissent jamais (inculture et paresse intellectuelle) ce qu’est la pensée..

Pour nous, et loin de ce tintamarre malsain, nous affirmons que l’Entreprise ne pense pas. Quel culot ! Voire même quelle mépris ! L’Entreprise ne « pense » pas ?! Vraiment !

Au-delà du propos (visiblement) iconoclaste qui affirme sans détour, qu’effectivement, l’Entreprise (en tant qu’Institution, mais aussi en tant que réalités) ne pense pas, nous avons ouvert la voie à un débat qui n’a pas le droit d’exister… Vraiment ?.. Un des tabous serait-il en train de se révéler ?..

Il est important, voire primordial, de se (re)poser aujourd'hui la question de la pensée dans le milieu professionnel, car c’est une question décisive pour faire face aux enjeux de notre actualité : l’univers des MICs™ (Mutations, Incertitudes, Complexités) dans lequel nous évoluons et qui nous laisse (souvent) déboussolé, les évolutions des motivations (et démotivations) professionnelles, la transformation des « nourrissons géants » qui vous ont fait sourire lorsque nous en parlions dans les années 2000 et qui se sont transformés en « pervers narcissiques » dévastateurs de nos organisations et des personnes les subissant. Le chemin vers la radicalité et certaines formes de violences (physiques ou verbales) qui fleurissent de plus en plus dans les entreprises mettent en avant l’impérieuse nécessité de prendre en compte que l’Entreprise s’est crue et se croit encore (hélas !) hors du monde des évolutions sociétales. Il est donc temps (même si nous savons que nous prêchons dans le désert) de poser un des débats clefs de l’Entreprise actuelle : est-elle ou non un lieu de « penser » ?

Il est toujours riche de relire les poètes qui, a priori, n’ont rien à voir avec le monde professionnel ; et pourtant…

 

« Qui a pensé le plus profond aime le plus vivant » Friedrich Hölderlin

 

Le plus vivant, c’est, de toute éternité l’univers des MICs™ (Mutations, Incertitudes, Complexités). Ce qui échappe à notre contrôle, résiste à nos prévisions et à nos volontés pathologiques de domination. Mais laissons de côté cette dimension pourtant clef dans nos incapacités à « bien vivre » notre quotidien professionnel et concentrons-nous sur les premiers mots « Qui a pensé le plus profond » et avançons sans ambage qu’effectivement celles et ceux qui « pensent » le plus profond sont les seuls à aimer l’univers du vivant dans ses complexités, ses mutations et ses incertitudes ! Alors ? Prendrez-vous quelques minutes pour soulever avec nous ce « tabou » de la pensée en Entreprise ?

 

Commençons par balayer (rapidement) les fausses pistes et confusions autour de ce qu’est « penser ».

Penser, ce n’est pas rationaliser. Rationaliser consiste à réduire notre environnement à ce que nous sommes capable d’en appréhender par la raison. Certes, rationaliser est un moindre mal dans le milieu professionnel si sujet à la déraison ou à l’absurdité de certaines décisions et orientations des entreprises. Mais penser n’est pas simplement rationaliser. Penser ne se réduit pas à une logique, c'est-à-dire une méthode de calcul…

Penser, ce n’est pas réfléchir. Réfléchir consiste à prendre un objet et à le malaxer dans tous les sens de son intelligence et de ses méthodes. Faire des hypothèses, lancer des idées, faire tourner les objets qui se présentent à nous dans le miroir de nos réflexions.

Penser, ce n’est pas solutionner. Solutionner c’est dissoudre le problème, c'est-à-dire le faire disparaître. Or, chacun de nous peut faire l’expérience, lorsqu’il est face à un problème « que sa solution » crée souvent de nouveaux problèmes…

Penser, ce n’est pas connaître. Connaître c’est maîtriser un savoir, le faire sien, se l’approprier.

Penser, ce n’est pas comprendre. Comprendre réside dans l’acte de « prendre avec soi ». C’est (parfois) le premier pas vers l’acte de connaître. D’abord je comprends, ensuite je connais. Même s’il arrive aussi de connaître sans comprendre grande chose.

Penser, ce n’est pas mémoriser. Mémoriser c’est faire sien une connaissance et s’en rappeler, s’en souvenir. Mais il est tout à fait possible de mémoriser sans penser.

Penser, ce n’est pas croire. Croire est un acte de foi déconnecté de « penser ». S’exclamer « je pense que cette année nous allons réaliser une grande performance » ne relève pas de la pensée, mais plutôt d’une volonté de se rassurer, qui se cache derrière un besoin de prédire ce qui nous fait plaisir… Croire est une expérience très répandue dans les entreprises où les idéologies font rage dans la destruction de la pensée. Croire n’est pas uniquement le fait du religieux, les entreprises ont de (très) nombreuses croyances : Croyance dans le Progrès infini, croyance dans la Motivation, croyance dans ses chiffres, croyance dans ses Marchés, etc…

Penser, ce n’est pas avoir de la culture. Avoir de la culture fait tout aussi largement défaut que penser dans l’Entreprise, mais une somme culturelle importante n’est pas un gage de penser. Avoir de la culture peut tout aussi bien être un levier vers le fait de « penser » dans un mouvement de curiosité qu’une charge empêchant de penser.

Penser, ce n’est pas avoir des opinions. Avoir des opinions c’est prendre ses préjugés, c'est-à-dire ses idées non critiquées, autrement dit de les accepter sans les mettre en questions (par exemple : « si je travaille plus, je gagnerai plus »).

 

Après ce (très et trop) rapide déblayage des quelques malentendus et incompréhensions qui rôdent autour de ce qu’est penser, essayons à présent (tâche plus ardue) de mettre en avant quelques pistes concernant ce qu’est « penser ».

Penser c’est oser et être capable d’associer des éléments (en apparence) opposés ; Penser un agir fort consistant à sortir de la dissociation et à faire droit aux complexités, même si cela dépasse ma rationalité. Faire jouer ainsi « poésie » (cf. Hölderlin) et vie professionnelle en fait partie. Une certaine logique (voire une idéologie) voudrait qu’il y ait d’un côté la poésie (pour les flâneurs de la pensée) et d’un autre côté la vie professionnelle (pour les réalistes et actifs). Continuer à séparer maintient l’échec de penser dans le partiel qui est, de fait toujours partial, car il met en avant une dimension en occultant (voire en niant les autres). Comment être soi-disant « efficace » en laissant de côté des éléments déterminants ?.. Heureusement, l’Idéologie rend aveugle de sa propre inefficacité et de ses errements. Par dessus tout, elle nie ses faiblesses et ses peurs. La pensée est capable de laisser exister les contraires et les opposés ; elle en perçoit la richesse profonde et créatrice derrière les apparentes et superficielles limites. Car la pensée n’a pas peur de se faire déborder. Il est naturel d’être « débordé » lorsque nous pensons, c'est-à-dire d’acquiescer au fait que ce qui nous entoure est (bien) plus grand que nous et ce que nous pouvons maîtriser, contrôler, comprendre… Sans cette capacité de laisser exister les éléments opposés, nulle possibilité de penser.

Penser : habiter les complexités avec ses incertitudes, ces mutations qui nous échappent. Habiter, c’est résider, autrement dit, être dans le temps présent, dans ce qui nous arrive. Habiter c’est ressentir l’instant présent, ne pas fuir dans des illusions ou des divertissements. Habiter les complexités, les incertitudes et les changements qui nous entourent, c’est prendre acte que la Vie réside précisément dans cela : que ce qui nous entoure est changeant et (souvent) hors de notre portée, c'est-à-dire hors de nos volontés de contrôle… Penser, à nouveau ici est une posture courageuse : ne pas fuir ce qui se présente à nous, car ce qui se présente à nous est notre présent ; non pas ce que nous voulons, mais ce qui arrive. La question n’est « qu’est-ce qui m’arrive ? » mais bien plutôt « que vais-je en faire ? », autrement dit « comment vais-je me comporter dans le présent ? »  Allons (trop) rapidement au bout cette proposition sur « l’habiter les complexités » et « laisser exister les (apparentes) oppositions/contradictions ». Habiter les complexités pourrait nous permettre de (bien) vivre les changements. Avouez que nous sommes (très) loin des approches à la va comme je te pousse du néo management qui génocide à qui mieux mieux (et sans aucune réflexion et encore moins pensée) les habitudes de celles et ceux qui doivent changer… Vous mesurez ici, l’impact et la profondeur de « penser » également dans sa « vie » professionnelle…

Penser : un agir du corps.  Evacuons définitivement nos crétins de la sous-culture managériale cités plus amont qui affirment qu’il nous faut arrêter de penser. Ces erreurs du papier imprimé réduisent la « pensée » avec l’activité cérébrale. Mais penser dépasse, et de loin, le cerveau ; car quand (et si !) nous pensons, nous le faisons avec l’intégralité de notre corps : autrement dit, penser est aussi et en même temps ressentir et agir. Pour faire court, penser, c’est « penser, ressentir et agir ». A nouveau la dissociation n’a pas lieu ici et c’est pour cela que penser c’est appréhender à la fois beaucoup plus, mais aussi en meilleure qualité (car avec plus de dimensions) et plus profondément que la simple réflexion ou rationalisation…

Penser : essayer, tenter. Le courage consiste également à oser, c'est-à-dire faire un pari que l’on n’est pas sûr de réussir. Tenter, c’est acquiescer à la possibilité que ce nous faisons ne donnera pas le résultat escompté, voire pas du tout de résultat, même si cela « produit » quelque chose. Tenter, c’est être réaliste, c'est-à-dire valider que nous ne maîtrisons pas tout, que nous ne contrôlons pas tout, que notre volonté n’est pas toute puissante et surtout, que nous pouvons nous tromper et commettre des erreurs… Tenter, fondamentalement c’est prendre conscience que nous ne sommes pas tout-puissants et que nos « prédictions », nos « prévisions », nos « anticipations » et nos « projections » restent des éléments de réassurance. Penser est un cheminement ; certains diront une « errance » en y voyant un « fourvoiement » ; nous y verrons, de manière plus riche, une curiosité sans borne qui ne prévoit pas ce qu’elle va trouver (ou non) et qui n’a pas peur de ce qu’elle va trouver (ou non) et traverser.

Penser : une concentration pour l’essentiel. Dans nos existences dispersées dans le superflu, l’inutile et le superficiel, cette dimension est à la fois la plus centrale et en même temps celle qui nous échappe le plus. Une concentration pour l’essentiel ne signifie aucunement (réflexion réductrice et dissociante) une existence grave, sérieuse sans légèreté et relâchement. L’essentiel pour nous, humains, réside tout autant dans le sérieux que le plus léger. Mais nos expériences de vie dites « modernes » nous engloutissent sous des monceaux de moments nous éloignant de ce qui nous est essentiel.

Penser : aller à la rencontre de soi. Nous avons placé cette année sous le signe d’une pensée de Nietzsche : « deviens qui tu es et accomplis ce que toi seul peux accomplir » (retrouvez ici notre billet) . L’essentiel évoqué juste auparavant réside ici, dans cette petite clairière perdue dans la vaste forêt du superficiel : aller à la rencontre de soi dans sa dimension unique (ma singularité) mais aussi commune (mon humanité). Aller à la rencontre et aussi réaliser ma singularité (ce que moi seul peux accomplir avec mes capacités) et mon humanité (ma relation avec les autres). Penser ne s’accomplit pas en solitaire, mais, ici encore dans l’accomplissement de ce qui paraît opposé : solitude et échanges/partages.

 

Nous pourrions poursuivre notre cheminement sur la voie du penser en rédigeant encore de (trop) nombreuses lignes. Concluons ici non notre pensée (qui elle poursuivra son chemin) mais ce billet par deux questions ; la première s’adressera aux entreprises, la seconde sera pour vous.

 

Pour les entreprises, voici, de manière non exhaustive, quelques-unes des implications du non penser :

  • Comment motiver (durablement) ?
  • Comment innover ?
  • Comment vivre les changements ?
  • Comment naviguer dans les complexités ?
  • Quel(s) management(s) ?
  • Quelle culture d’entreprise ? quelles valeurs ?
  • Comment vivre avec la montée des radicalismes ?
  • Comment être responsable ?
  • Comment devenir autonome ?
  • Comment trouver/donner du sens à mon activité quotidienne ?
  • Comment exister/travailler avec les autres ?
  • Comment sortir des (fausses) solutions toutes faites et inopérantes ?
  • Comment prendre des risques ?
  • Comment vivre et agir dans l’inculture ?
  • Comment donner/trouver du sens à notre quotidien ?

 

Pour vous à présent : « à quoi sert-il de penser ? » nous demanderez-vous. A quoi nous vous répondrons très directement : « à rien ! » Autrement dit, si vous espérez tirer un quelconque avantage social ou professionnel de « penser » vous serez plus que déçu. « Penser » ne sert à rien, cela permet juste de tenter de devenir humain… avez-vous pris 12 minutes pour cela aujourd'hui ?..

Sophie Girard & Jean-Olivier Allègre 

 
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